Story HourPost your ongoing tales from your campaigns, and read those from others for inspiration. Lots of other RPG boards post "Story Hours", but this is where it started!
Extraits de « Vie Barbare », biographie romancée de Sküm l’Intrépide, par le barde Galeïmon Dermanol, sur base des témoignages de l’intéressé.
Je me souviendrais encore longtemps des effroyables cris du géant, découvrant les corps mutilés de sa femme et de son petit. Je crois que ses plaintes ont ébranlé les parois du passage où nous progressions silencieux, comme ils ont ébranlé l’esprit de chacun d’entre nous pendant les longues heures où nous allions rester sous la terre. Il semblait soudain que nous pénétrions dans des entrailles infernales, menés par un guide incertain, et que nous en ressortirions peut-être, mais profondément changés. Nous restâmes tous muets, réalisant la douleur que nous avions causée par notre maladresse, nous imaginant à hurler à la mort puis sangloter sans fin. Il fallut beaucoup de temps pour que la distance n’affaiblisse enfin la voix de ce malheureux.
De temps à autre, Umar s’agenouillait à nouveau et murmurait le rituel des Rois et nous indiquait le chemin à suivre dans le dédale de roches qui nous entouraient. Nous arrivâmes enfin à un coude qui s’élargit, révélant un gouffre immense qui nous barrait la route. Il y avait eu sans doute autrefois un passage aménagé par les nains, mais aucun moyen de traverser n’était apparent. J’ignore combien d’heures nous avions passées sous terre, mais la vue de ce nouvel obstacle acheva de nous décourager pour la journée. Nous décidâmes donc d’établir le camp devant le précipice à la sortie du tunnel.
Tandis que nous nous affairions pour le soir, Cendres décida d’inspecter la paroi pour détecter des passages en contrebas, mais au lieu de se pencher précautionneusement au bord du gouffre, elle disparut d’un coup au dessous de nous, descendant l’à-pic avec l’aisance d’un insecte. Yjir, quant à lui, se tint au bord de la paroi et se métamorphosa en volatile d’envergure pour plonger ensuite au fond du précipice.
Cendres réapparut quelques minutes plus tard, escortée par le grand oiseau aux étranges tatouages :
- Il y a un sentier étroit qui descend le long de la falaise, mais je ne peux en voir le fond. Il faudrait investiguer pour voir où il mène…
- Ça mener à pont mais pont brisé. Ça seule route possible, renchérit Yjir, ayant repris sa forme normale.
- Mouais, grommela Erasmus, et comment on fait pour défier la loi de l’apesanteur ? On se change tous en araignées ou tous en oiseaux ?
- En tous cas, ce ne sont pas tes explosions de flammes qui vont nous aider à traverser…, lança Cendres au gnome d’une voix venimeuse.
- Mais c’est qu’elle pique la mygale ! rétorqua le gnome. La prochaine fois qu’il y a de la castagne, tu devrais essayer ton nouveau tour.
- Tu as failli tous nous griller ! Tu es complètement inconscient ! Tu devrais retourner à tes études de magie !
Avant que les choses ne s’enveniment encore, Yjir intervient :
- Vous laisser moi méditer cette nuit, Dame Nature ouvrira chemin.
Les évènements de la journée combinés à cette dernière altercation achevèrent de me décourager. Je sombrais dans un profond sommeil troublé par les exclamations de mes compères. Je rêvais de corridors tentaculaires, de gouffres, d’araignées et d’oiseaux géants. Mais mes rêves ne dépassèrent ni en intensité ni en étrangeté les folles aventures du lendemain.
Yjir, par dieux savent encore quelle diablerie, nous changea tous en volatiles pour franchir le gouffre. Je ne souhaite pas refaire l’expérience, bien qu’elle fut par certains côtés inoubliable. J’étais une bête, bien différente de celle qui m’avait habitée jusqu’ici, dont je me rappelais encore la puissance, l’odorat et le goût compulsif du sang. Cette fois, ce qui m’imprégnait, c’était l’air qui me guidait dans tous mes instincts. Ma faiblesse, ma force, c’était l’air qui glissait sur moi. Cela ne dura quelques secondes car à peine avais-je touché le sol de l’autre coté du vide, je me métamorphosais au plus vite pour retrouver à ma forme initiale.
Ce changement de forme me rendait nerveux et j’avais peur de sentir mon contrôle sur moi-même, chèrement appris au monastère de Taërion, s’estomper. J’étais obsédé par l’idée que si je pouvais me changer en oiseau, l’envie pouvait me revenir à tout instant de reprendre ma forme lupine ce qui, dans les circonstances actuelles, serait désastreux… Perdu dans mes pensées, je ne m’aperçus pas que nous avions marché assez longtemps pour déboucher sur une nouvelle caverne, plus basse encore que les précédentes. Mon dernier pas fit trembler le sol autour de moi et des craquements inquiétants se firent entendre.
- Vite, par ici, m’indiqua l’elfe dans gracieux mouvement que je ne pus imiter que d’un saut un peu lourd. Le coin a l’air plein de crevasses..
- En effet, il convient davantage aux nains et aux gnomes qu’aux elfes et encore moins aux or..demi-orcs, expliqua Umar. Cette caverne est un coin fameux pour ses vers de roche.
- Ce doit être goûteux, ironisa Erasmus, peut-être un peu croustillant non ?
- Ça ne se mange pas vraiment… En fait, les vers de roches se nourrissent, comme leur nom l’indique, de roches poreuses. Certains spécimens peuvent atteindre plusieurs mètres de long, et ils sont attirés particulièrement par certaines roches. Le sous-sol de cette caverne doit être fécond en minéraux qu’ils affectionnent. Du coup, le sol est dangereux. Voyez ces tâches plus sombres sur le sol ? Ce sont des affaissements. La roche en dessous est fragile et poudreuse, et si l’on marche dessus, on risque de tomber au fond d’un trou et de mourir étouffé par les poussières de roches.
- Charmant ! répond Erasmus. Et on fait comment alors ?
- Vous me suivez. Lorsque j’étais jeune, j’ai beaucoup chassé le ver des roches. On va voir si je n’ai pas trop perdu de mes réflexes.
- Et pourquoi les chasse-t’on s’ils ne se mangent pas, demande le gnome, toujours curieux.
- Ils ne digèrent pas très bien les cristaux et les pierres précieuses. Ils les stockent donc dans un espèce de gésier. C’est cela que chassent les jeunes nains, parfois au péril de leur vie. Continuons, je vais faire la trace, bien que ce ne soit plus de mon âge.
Nous nous miment donc en file et suivirent attentivement l’itinéraire tracé par Umar. Mis à part quelques craquements inquiétants et d’occasionnels nuages de poussière rocheuse, la traversée se déroula sans encombre, mais nous fit perdre un temps précieux. Arrivés de l’autre côté, Umar s’agenouilla de nouveau pour rechercher la voie de ses ancêtres. Une fois encore, son anneau se mit à rougeoyer et révéla les runes secrètes gravées sur l’un des passages.
- C’est par ici. Essayons d’accélérer le pas, je souhaiterais que nous arrivions à Khazel-Andûn avant la nuit.
Umar nous expliqua que Khazel-Andûn, le Champ des Mille Larmes, était une immense caverne par laquelle on pouvait accéder au royaume de Maborg. Nous avancions au plus vite, mais la pente descendante s’accentuait, et le passage se faisait de plus en plus humide. Après quelques heures de marche supplémentaire, j’arrêtais soudain Erasmus qui me suivait de près :
- J’entends des bruits devant nous, chuchotais-je.
Le gnome s’arrêta puis, prêtant l’oreille, dit :
- Ca ressemble à des… à des coups de pioches.
- Des coups de pioche ici ? T’as le mal des profondeurs le gnome ! Qui veux-tu qui vienne creuser dans cet endroit sinistre ? Enfin, nous verrons bien… Avançons.
Bien que le son se précisât au fur à mesure que notre progression, il nous fut impossible de valider ou d’invalider la thèse d’Erasmus jusqu’à ce que nous aboutîmes à l’orée d’une nouvelle caverne où résonnait très distinctement le bruit qui nous intriguait depuis quelque temps. Des bruits sourds, métalliques se faisaient écho, comme des bruits de pioche, en effet, mais sans que nous puissions en voir la source. Nous décidâmes de rester à couvert et d’essayer d’en savoir plus avant d’avancer. Nous sentions une présence mais nous étions incapables de déterminer si elle était ou non maléfique.
Erasmus, qui tenait fermement à sa théorie des pioches, décida de partir en éclaireur, non sans s’être entouré de précautions magiques qui le rendirent invisible. Il ne restait plus qu’à attendre. Je me méfie toujours de ces manigances incompréhensibles et de ces messes basses qui finissent toujours par se détraquer. La veille, c’était les explosions de flammes incontrôlables, et je me demandais, planté dans le noir au bout du corridor avec mes compagnons, ce que se pourrait être cette fois. Cependant, j’évitais de partager mes craintes avec mes amis qui disposent tous plus ou moins de ces dons bizarres, et qui se seraient sans doute encore moqués de mon ignorance dans le domaine.
L’incident ne se fit pas attendre, à tel point que je me mordais les doigts d’y avoir pensé : peut-être y l’avais-je malencontreusement provoqué en l’invoquant ? Erasmus s’était rendu invisible, mais pas silencieux. Il avait dû buter sur une pierre et aussitôt, il se fit repérer par des êtres lumineux qui se mirent à tournoyer autour de lui. D’où nous étions, on ne voyait pas grand chose, et surtout pas le gnome, et je me demandais alors comment des êtres si éthérés pouvaient envisager d’utiliser des pioches ou des outils quelconques.
C’est alors que nous entendîmes résonner une voix chevrotante venue de nulle part. Je réalisais alors que nous devions être encore une fois en présence d’un mage et que les sphères lumineuses n’étaient pas vivantes mais devaient être encore l’effet d’un sortilège. A ma grande stupeur, Erasmus réapparut alors et se mit à dialoguer sur un ton qui semblait serein avec son interlocuteur. De nombreux gnomes apparurent autour de celui qui avait pris la parole. Erasmus nous traduisit plus tard quelques bribes de la conversation qui s’était déroulée en langue gnome.
- Préparez-vous à combattre Pythagore Theocritus le Second, magicien diplômé cum laude de l’Université Illusionniste d’Antarbel. Je jure que vous aurez à le regretter amèrement si vous ne vous montrez pas comme doit le faire un homme de cœur.
- Je m’en voudrais de ne pas saluer comme il se doit un congénère, et de plus un maître dans son domaine, répondit alors Erasmus en se découvrant. Il m’est bien agréable de rencontrer des personnes de votre qualité dans un endroit aussi insolite… Permettez-moi de me présenter. Je suis Erasmus. Je suis accompagné de quelques amis… qui se trouvent un peu plus loin. Mais dites-moi, votre présence pique ma curiosité : que faites-vous ici ?
- Humm, nous pourrions vous retourner la question, mon cher ami ! Mais je vois que vous vous montrez intéressé par mes travaux… Sans pouvoir vous dévoiler la véritable quintessence de mes recherches, j’effectue une expédition scientifique de grande ampleur. Non, non, n’insistez pas, je ne vous en dirais pas davantage. Vous ne pouvez pas vous imaginer le véritable espionnage industriel dont sont victimes les chercheurs de ma trempe. Aussi dois-je prendre quelques précautions comme vous avez pu le voir.
Erasmus ne nous traduisit bien sûr pas toute la conversation, et je ne doute pas que, fidèle à son habitude, il n’ait embelli son esprit et sa verve dans le récit qu’il nous en fit. Le dialogue fut sans doute plein de nuances et de circonvolutions impossibles à saisir pour l’esprit simple qu’est le mien. Le seul intérêt de la rencontre, outre d’égayer notre seconde journée sous terre, fut de nous informer qu’un groupe d’humanoïdes, apparemment armés, s’était installé dans la grande caverne vers laquelle nous dirigions nos pas.
- Ça pas bon ! supposa Yjir alors que nous avions repris notre route par un nouveau passage décidément humide, après avoir pris congé du savant gnome et de ses compagnons. Ennemi campé aux portes de Royaume Nain. Peut-être espions elfes noirs. Si nous devoir affronter eux, eux prévenir zurpateur avant nous être arrivés.
- Si c’est le cas, nous devrons agir discrètement pour identifier de qui il s’agot et éventuellement quel rôle ils jouent dans la lutte de succession.
- Je ne puis croire qu’il s’agisse d’elfes noirs, reprend Umar, la voix dure. Khazel-Andûn est le lieu de leur antique défaite. Ils n’oseraient pas…
Il nous fallut presque encore une journée entière pour rejoindre le Champ des Mille Larmes, une immense voûte de plusieurs kilomètres qui abritait un lac intérieur. Toutes, y compris le lointain plafond ruisselaient d’eau et ce bruit permanent, mêlé à l’obscurité moite protégeait notre discrète arrivée. C’était un peu comme une pluie glacée qui nous tambourinait le crâne de façon incessante. Même moi qui suis pourtant habitué à l’obscurité, j’avais du mal à voir au loin, et je compris bien vite qu’à l’exception d’Umar, nul n’y voyait goutte.
Nous montâmes un camp pour quelques heures de repos et de réflexion. Nous étions tous persuadés qu’il nous fallait échafauder un plan pour pallier à notre désorganisation chronique mais les avis étaient partagés quant à la marche à suivre. Après de vives discussions, il m’échut le rôle d’éclaireur. J’étais l’un des seuls à pouvoir évoluer dans le noir absolu, ce qui était primordial pour ne pas être repéré. Je n’étais pas très silencieux mais mon apparence ferait diversion puisque Erasmus se proposait de me rendre invisible afin que j’aille jusqu’au cœur du camp ennemi. Je n’étais pas chaud pour une transformation de plus, mais il me tenait à cœur de me rendre utile dans cette aventure et d’apporter ma contribution au succès d’Umar.
Nous avions entendu quelques bruits suspects en contrebas de la rivière souterraine au bord de laquelle Umar avait établi notre camp. Comme cela correspondait à la direction générale où le sage gnome nous avait signalé le campement des humanoïdes, je m’y rendis prudemment. Il apparut bientôt que le campement était sur l’autre rive, mais il y avait là un gué naturel. Je traversais à mi mollet le cours d’eau glacé et j’évitais à ma grande surprise une sentinelle adossée à un rocher. Heureusement, couvert par le bruit de l’eau, je n’avais pas été entendu, et j’eux tout le loisir d’étudier l’elfe étrange que j’avais en face de moi.
Il était de plus petite taille que Targedaël ou Cendres, et plus svelte aussi. Sa peau était d’une couleur grise tendant vers le noir, origine de leur nom, j’imagine. Ses cheveux de jais laissaient entrevoir deux oreilles pointues plus développées que celles des elfes normaux que j’avais pu voir. Il était armé d’un arc et portait au côté une épée courte. Sous sa tunique grise, il était protégé par une cotte de mailles noires.
Je me faufilais jusqu’au centre du campement. C’était bien, comme l’avait soupçonné Yjir, un campement d’elfes noirs. Umar allait fulminer… Il se composait d’une demi-douzaine de tentes disposées en cercle autour d’une large tente centrale. J’observais les allées et venues des ennemis. Comme Umar nous l’avait indiqué, le société des elfes noirs est matriarcale. Leurs chefs sont, aussi curieux que cela puisse paraître pour un orc, des femelles. Et en effet, la tente centrale était occupée par une femme tandis que les autres étaient celles des hommes. Le plus étrange était qu’il y avait des nains qui semblaient parfaitement à l’aise au milieu de cette troupe d’elfes. Ils parlaient même couramment la langue des elfes noirs. Je croyais me souvenir que les elfes et les nains ne s’appréciaient pas tellement. Aussi je décidai de noter cette incongruité dans un coin de ma tête pour le répéter à Yjir et à Cendres. Eux auraient peut-être une explication sociologique.
Dans la tente centrale, j’aperçus aussi deux nains prisonniers qui avaient l’air mal en point. J’hésitai à intervenir mais je me ravisai, jugeant qu’il valait mieux revenir auprès de mes amis, raconter tout cela. Je ne voulais pour rien au monde être responsable d’une nouvelle catastrophe stratégique.
Extrait des Mémoires de Yjir Le Shaman - Traduit du Sylvain par Jilraën de la Nouvelle Université de Landis
14 Rême 987
L'idée de ces adversaires qui voyaient dans l'obscurité comme en plein jour me glaçait les sangs. Bien qu'entraîné à combattre "en aveugle", comme tout guerrier de ma tribu, je ne pouvais naturellement mettre à profit cette capacité qu'au corps à corps. Je sais me repérer grâce au bruit que fait l'ennemi, à sa respiration (et à cette brusque inspiration qui précède chaque coup), au son de ses pas, à la sensation des déplacements d'air que provoquent ses mouvements ; mais tout ceci suppose une forte proximité. Ce jour-là, nous voulions nous attaquer, alors qu'inférieurs en nombre, à des créatures qui nous verraient venir de très loin, et qui, puisque disposant d'arcs et de magie, auraient la possibilité de nous neutraliser avant même que nous les ayons aperçus…
Pour palier ce problème, nous comptions sur les sortilèges éclairants qu'Erasmus devrait lancer sur une pièce d'équipement de chacun de nous, une fois que la discrétion n'aurait plus lieu d'être. Par ailleurs, Sküm, comme tous ceux qui ont dans leurs veines du sang orc, pouvait voir dans le noir à une distance raisonnable. Umar, lui aussi, avait ce don. Œil-de-Nuit, comme Cendres et Erasmus, auraient pu voir mieux que moi, si seulement un petit rai de lumière avait filtré quelque part dans la grotte. Mais non, nous étions dans l'obscurité la plus totale, une absence de lumière rendue encore plus angoissante par ce bruit continuel de pluie et ces gouttelettes qui nous ruisselaient sur le visage. Je sentais, sous ma main, la nervosité d'Œil-de-Nuit ; il se retenait pour ne pas gémir doucement.
Le plan fut rapidement mis sur pied, bien qu'il s'agît pour moi d'une pure vue de l'esprit : je n'avais pas la moindre idée de ce à quoi ressemblaient le "campement", la "rivière" ou la "sentinelle", ni où ils se trouvaient. C'était comme avoir a résoudre un problème très abstrait. J'essayais de me concentrer et de faire des suggestions, mais j'étais surtout accaparé par les ténèbres, la pluie invisible et froide, la sensation d'être entouré par un vide immense, comme si mes compagnons et moi-même avions été perdus dans un néant absolu.
Sküm, rendu invisible par Erasmus, devait se rendre au milieu du campement, et s'introduire discrètement dans la tente principale. Le reste du groupe créerait une diversion au niveau du gué où se trouvait la sentinelle, ce qui permettrait au demi-orc non seulement de libérer les prisonniers, mais aussi, une fois ces derniers armés, de prendre nos adversaires à revers.
Je sentis Sküm partir. J'entendis Umar commencer à compter à voix basse dans une langue que je ne comprenais pas. J'avais hâte d'en finir. L'attente au milieu du rien me semblait pire que la mort.
Enfin Umar nous prévint que nous devions y aller. "Rampez derrière-moi. Chacun pose de temps en temps la main sur la cheville de celui qui le précède, comme ça personne ne se perdra dans le noir. Lorsque je dirai 'stop', nous nous arrêterons, et Erasmus lancera ses sortilèges de lumière. Dès que vous êtes illuminés, foncez sur l'elfe noir qui garde le gué : l'effet de surprise est important !". Nous nous exécutâmes.
Notre reptation sur le sol pierreux et trempé fut des plus pénibles, d'autant que notre seul repère dans ce noir total était le contact avec la personne qui nous précédait. Umar nous guidait à bonne allure, essayant sans doute de suivre un trajet, entre les stalagmites et les concrétions pierreuses, qui nous maintenait à l'abri du regard des elfes noirs. Cependant, je ne savais même pas à quelle distance nous nous trouvions du camp ou de la rivière. J'essayais de ne pas penser à mon extrême vulnérabilité, et à la défaite totale qui nous attendait si, par hasard, un elfe noir apercevait au loin Œil-de-Nuit (qui lui, bien sûr, ne rampait pas) et appelait ses amis pour lancer une nuée de flèches dans notre direction.
Grâce sans doute à l'ingéniosité d'Umar, nous échappâmes à la vigilance des elfes noirs et même du garde qui surveillait le gué. "Stop, murmura Umar. Erasmus, lance tes sorts. N'oubliez pas : dès que vous voyez de la lumière, courez au corps à corps." Je sentis le gnome me dépasser en rampant dans l'obscurité. Un instant plus tard, je fus ébloui par ce qui me sembla être une très forte lumière, et vis Cendres, nimbée d'une aura qui semblait provenir de sa ceinture, s'élancer, rapière au poing, en direction d'une rivière souterraine qui coulait à une trentaine de mètres de nous. Le magicien pointa ensuite sa baguette sur ma propre ceinture et, une fois celle-ci illuminée, je me redressai à mon tour et courus derrière l'elfe, aussitôt dépassé par Œil-de-Nuit, qui grondait de toute sa rage accumulée par des heures de ténèbres.
Je ne compris quelle était notre cible que lorsque Cendres, criant le nom de sa déesse, ne s'abattît sur elle. L'elfe noir avait eu le temps de dégainer son arme, mais ne put efficacement parer la charge de la guerrière. Cendres esquiva facilement sa faible riposte. Lorsque le loup géant, à son tour, se jeta sur lui, le garde n'avait plus aucune chance : il s'effondra, la gorge déchiquetée par les crocs de mon féroce compagnon.
J'arrivai, immédiatement suivi d'Umar et d'Erasmus, tendu comme une corde d'arc, jetant des regards dans le moindre coin d'ombre. C'est alors que je me rendis compte d'un défaut majeur, voire fatal, de notre stratégie. Les lumières magiques que nous portions n'éclairaient pas à plus d'une douzaine de mètres ! Autrement dit, alors que nos adversaires, apparemment dotés d'une vision parfaite dans l'obscurité, auraient tout le loisir de nous cribler de flèches à distance, nous n'avions pas d'autres choix que le corps à corps pour espérer en venir à bout.
- Vite, nous devons aller à leur rencontre, dit Umar en essuyant son visage de la pluie qui tombait sans discontinuer.
Œil-de-Nuit à mes côtés, je me précipitai le long de la rivière souterraine dans la direction présumée du campement, le nain sur mes talons. Erasmus nous suivit, un peu en retrait, à une allure moins soutenue, ainsi que Cendres. Nous ignorions si Sküm, de son côté, avait réussi son opération d'infiltration. Peut-être avait-il déjà libéré les prisonniers ; peut-être était-il déjà mort…
Alors que nous progressions à bon train, toujours à l'aveuglette, une volée de flèches s'abattit sur nous, mais trop imprécise pour nous causer beaucoup de mal. L'une d'elles me laissa cependant une belle estafilade sur le bras gauche, laissant une curieuse sensation de brûlure. Ne cédant pas à la panique, nous accélérâmes. Nouvelle pluie de projectiles, l'un d'eux m'atteignant à la cuisse. J'eus un moment de nausée, passager.
- Flèches être empoisonnées ! criai-je à Umar.
- Cours, cours, c'est notre seule chance !
Soudain, je sentis un courant d'air chaud me dépasser sur le côté droit : une flammèche filait dans la direction où nous courions. Erasmus avait lancé un sortilège à l'aveugle ! Sans faire parfaitement mouche, sa boule de feu explosa à une trentaine de mètres de nous, nous révélant la position des archers elfes noirs. Deux d'entre eux se transformèrent aussitôt en torche vivante, alors que les autres parvinrent à se jeter à l'abri au dernier moment.
Profitant de la soudaine visibilité de nos cibles, Cendres décocha une flèche magnifiquement ajustée, qui, touchant en pleine gorge, acheva sur le coup l'un des deux elfes noirs enflammés. Notre objectif maintenant en vue, Umar et moi-même reprîmes espoir et courûmes de plus belle.
Nos adversaires, rapidement remis du choc de la boule de feu, nous décochèrent de nouvelles flèches, nous blessant de nouveau Umar et moi. Je sentis de nouveau le poison brûler mes chairs autour de l'impact, mais résistai encore à la vague de nausée qui s'ensuivit. Jetant un coup d'œil au nain, je devinai à sa mâchoire crispée que lui aussi souffrait mais ne succombait pas. Cendres, toujours aussi précise et meurtrière, abattit d'une flèche en pleine poitrine le deuxième elfe noir qui brûlait toujours.
Approchant inexorablement, nous pûmes enfin compter nos bourreaux : il restait cinq archers à une vingtaine de mètres de nous. Mais, alors même que nous commencions à les distinguer nettement, ils lâchèrent une nouvelle vague de flèches. J'en reçus une à la cuisse ; Umar s'en prit deux… et s'écroula soudain, dans un râle incohérent. Je devinais que le poison avait eu raison de sa forte constitution.
Œil-de-Nuit, mon fidèle compagnon, m'offrit un répit inespéré en atteignant enfin le groupe d'archers et en désorganisant complètement leur cadence de tir. J'en profitai pour m'agenouiller rapidement près du nain inconscient, et appeler les forces de la nature pour qu'elles le purgent de la toxine qui polluait ses veines. A mon grand soulagement, Umar ouvrit les yeux rapidement ; je crois que, au tréfonds des entrailles de la terre, la puissance tellurique du monde est plus présente. En tout cas, je sentis que le pouvoir de la nature était ici d'une nature plus brutale, plus primitive, plus sombre, et plus massive, et que mes rituels y puisaient une force plus essentielle.
Tant bien que mal, Umar se redressa avec mon aide, et nous entamâmes les derniers mètres qui nous séparaient des archers. Ils en profitèrent malheureusement pour tirer une nouvelle salve, avec un succès terrible : Œil-de-Nuit, Umar et moi-même fûmes de nouveau touchés. Quant aux deux autres flèches, elles filèrent vers Cendres, qui s'était rapprochée dans l'intervalle ; mais les projectiles rebondirent étrangement sur une sorte de barrière invisible, juste devant l'elfe.
Enfin, grandement affaiblis, nous fûmes en mesure de riposter, et de rendre la monnaie de la pièce à nos adversaires. Notre fureur se déchaîna. Alors qu'Œil-de-Nuit déchirait la gorge d'un archer, je produisis une boule de flammes ardentes ; des projectiles de lumière fusèrent des doigts du gnome magicien ; Umar hurlait en abattant sa hache sur tout ce qui bougeait ; les flèches de Cendres sifflaient dans l'air et trouvaient chaque fois leur cible. En un clin d'œil, tout fut fini, les elfes noirs survivants s'enfuyant sans demander leur reste.
- Bin alors les gars ? fit une voix bourrue que nous connaissions bien. Vous auriez pu m'attendre pour les finir…
- Sküm ! m'exclamai-je.
Je n'avais jamais été aussi heureux d'entendre le demi-orc. De son côté aussi la réussite était complète. A peine s'était-il introduit dans la tente centrale que nous avions commencé notre assaut, et la diversion avait été parfaite : seuls restèrent dans le campement la cheftaine et un garde, leur attention toute accaparée par le combat se déroulant à une cinquantaine de mètres de là. Le barbare avait pu détacher les trois prisonniers, et confier à deux d'entre eux une dague de facture orque (celles-là mêmes que nous avions héritées de nos aventures avec la tribu de l'Œil de Fer).
Sküm était sorti le premier et, toujours invisible, avait assené un coup de hache magistral à la cheftaine elfe, la mettant quasiment hors d'état de nuire. Magicienne, celle-ci avait échappé au pire en se fondant soudain dans une stalagmite de bonne taille. Son garde avait rapidement succombé aux coups conjugués des deux ex-prisonniers et du demi-orc. Sküm avait ensuite tiré quelques carreaux d'arbalète vers la mêlée qui faisait rage au loin, sans succès, avant de nous rejoindre, laissant les trois nains veiller sur le rocher où s'était réfugiée la capitaine.
Au final, force était de reconnaître que notre plan avait parfaitement fonctionné.
Exténué, je m'assis à même le sol, et entrepris d'extraire les deux flèches qui me meurtrissaient la jambe et le côté. Le sang se mêlait à la pluie qui dégoulinait sur mon armure de peau. Je serrai les dents, luttant contre la douleur. Près de moi, Œil-de-Nuit se léchait une plaie à la patte avant.
- Heureuse rencontre en des temps funestes, Myrol, mon oncle, dit Umar en langue naine à l'un des ex-prisonniers. Je suis Dragoun Dalaïm. Mais je crains que mon retour ne se fasse trop tard !
Extrait des Mémoires de Yjir Le Shaman - Traduit du Sylvain par Jilraën de la Nouvelle Université de Landis
Le nain interpellé ne put cacher sa stupéfaction, remplacée peu à peu par de la méfiance indécise.
- Dragoun ? demanda-t-il en roulant le r à la façon naine. Est-ce vraiment toi ?
- Oui, mon oncle. Bien que j'imagine que les nombreuses années passées n'ont pas été tendres avec moi, et que mon absence de barbe change quelque peu mon visage ; mais je vous assure que c'est bien moi.
Le visage d'Umar s'illumina d'un sourire malicieux. Et il ajouta :
- Tonton Mimy, vous appelais-je dans ma jeunesse. Vous n'aimiez pas cela.
Cette fois, Myrol ne put retenir un bref éclat de rire.
- Par le marteau des géants, c'est bien toi ! Mais tu choisis une époque bien difficile pour revenir, et aussi un bien curieux chemin, si je puis me permettre.
- Je connais la situation de Maborg, mon oncle. Je sais que Strakal Dalaïm a épousé ma sœur de force dans l'espoir de succéder à mon père sur le trône. Je sais qu'il a même noué des alliances contre-nature avec nos ennemis héréditaires, les elfes noirs, et qu'il s'appuie sur eux pour poursuivre ses noirs desseins. Je suis revenu pour empêcher cela.
Myrol regarda Umar d'un air sévère.
- Dragoun, tu arrives avec de funestes nouvelles, si tu me dis qu'il y a bien un pacte entre Strakal et les drows. Je le redoutais, depuis ma capture, mais refusais encore d'y croire. Mais tu arrives aussi un peu tard, car…
Il s'interrompit, et sa voix s'adoucit.
- Car ton père est mort, Dragoun. La maladie a eu raison de lui. Il a résisté bravement, et jusqu'au bout. Digne et régal, comme un Lernaïm, jusqu'à son dernier souffle.
Umar baissa la tête, les dents serrées. Je sentis ma gorge se nouer. Erasmus se frotta la tête, mal à l'aise, mais ne dit rien. Cendres posa doucement une main sur l'épaule de notre ami nain.
- Il a succombé il y a trois jours, reprit Myrol, la voix chargée d'émotion. La période de deuil est achevée. Le couronnement de Strakal Dalaïm a lieu aujourd'hui.
Umar releva la tête brusquement, remettant sa peine à plus tard.
- Bon sang ! Et nous restons là à discourir ! Il faut y aller sans tarder ! La garnison du fort est-elle complètement corrompue ? Elle doit l'être, si elle a laissé passer des nains emmenant à l'extérieur d'autres nains prisonniers !
- Sans doute en effet, Dragoun, mais pas complètement. Je connais un lieutenant de cette garnison, et je garantis sa loyauté envers la Maison des Lernaïm. Il me laissera passer sans encombre. Mais hâtons-nous !
- Un instant, intervint Erasmus.
Le gnome, avec un sourire diabolique, désigna le rocher où s'était magiquement réfugiée la cheftaine elfe noire.
- Quelque chose me dit que la Madame qui est là-dedans n'a pas perdu une miette de notre conversation. Nous ferions bien de la faire sortir et de la mettre hors d'état de nuire. Sinon, on pourrait avoir des mauvaises surprises.
Joignant le geste à la parole, il se mit à incanter, sa magie dirigée sur la pierre. Je pense qu'il comptait simplement faire réapparaître l'elfe noire, sans plus. Mais les effets de son sortilège furent aussi inattendus que spectaculaires : le corps disloqué de la drow fut violemment projeté hors de la stalagmite, et nous ne pûmes que constater que son éviction l'avait tuée sur le coup. Plus rien ne nous retenant ici, nous nous mîmes en route.
En chemin, Myrol nous fit une rapide peinture de la situation politique de Maborg. Le peuple nain, discipliné et loyal, suivrait de toute façon celui qui aurait été désigné comme roi par le Conseil des Sages, à moins bien sûr qu'il ne devînt évident pour tout le monde que le monarque était coupable de haute trahison. Pour cette raison, même si Strakal ne passait pas vraiment pour un exceptionnel futur souverain, il n'était pas facile de trouver des partisans prêts à s'opposer activement à sa prise de pouvoir, qui se faisait, du moins en façade, de façon tout à fait régulière.
Myrol, en tant que frère de la reine défunte, avait pourtant réussi à réunir autour de lui une poignée d'opposants à Strakal. Apparemment, avec la mort du roi Lernaïm, le prétendant au trône avait décidé de ne prendre aucun risque avec cette mini-conspiration, et était passé à l'action : les quelques conjurés avaient donc été soit fait prisonniers, soit assassinés discrètement ces deux derniers jours. Ce n'était donc qu'à présent que Myrol percevait toute l'étendue de la perfidie de Dalaïm, le comble de l'inacceptable étant cette alliance sans précédent avec les elfes noirs, adversaires héréditaires du peuple nain, dont on n'avait pas vu signe depuis des siècles.
La lumière magique créée par Erasmus sur nos ceintures ne tarda pas à se dissiper, et je sortis donc le galet lumineux pour éclairer notre route. Sa portée étant faible, la grotte me semblait toujours s'étendre à l'infini. En plus de l'obscurité, loin de nous habituer à l'étrange pluie qui nous harcelait continuellement, nous la subissions chaque instant avec plus de peine.
Je compris que nous avions quitté cette caverne immense lorsque enfin nous vîmes une paroi rocheuse de part et d'autre de notre groupe, et que la bruine s'arrêta. Nous étions dans un couloir assez vaste malgré tout, avec d'étranges concrétions en drapé sur les côtés, qui à la lumière de ma pierre projetaient des ombres étranges et mouvantes. Cependant, la force brute et essentielle de la Nature que j'avais ressentie auparavant tendait à s'estomper, et je compris que nous approchions d'une partie habitée de ce monde souterrain.
De fait, nous débouchâmes bientôt dans une caverne tout en longueur, mais barrée en son milieu par une muraille impressionnante, et à but manifestement militaire : meurtrières, mâchicoulis, créneaux, herse, tout y était. Et l'ouvrage de fortification était tenu par une garnison naine, à en juger par les trois sentinelles qui se tenaient sur le rempart.
Myrol fit un signe à l'une d'elles, et expliqua que le lieutenant de service était au courant de notre venue. Le garde disparut, et revint de longues minutes plus tard accompagné par un officier à la barbe noire impressionnante. Le lieutenant Etork ne nous laissa pas le loisir d'étoffer sur notre histoire un peu tirée par les cheveux (selon laquelle Myrol revenait, accompagné d'invités d'autres royaumes, pour la cérémonie de couronnement de Strakal), et nous fit passer presque sur-le-champ. Je suppose qu'il voulait en finir au plus vite, avant qu'un espion à la solde de Strakal ne reconnût Myrol ou ne s'interroge sur le côté hétéroclite du groupe que nous formions.
Il devint vite apparent que la muraille n'était que la première ligne de défense de cette voie d'accès. Car derrière se trouvait une succession de cavernes, dont certaines mortellement piégées, qui abritaient d'autres ouvrages de défense. Assurément, les elfes noirs devaient avoir constitué en leur temps une très sérieuse menace pour Dwargon. Sans la présence des quatre nains qui nous accompagnaient, nous n'aurions pas pu contourner les obstacles ni éviter les invisibles chausse-trappes qui entravaient le chemin.
Arrivés dans une salle aux dimensions réduites, où nous devions marcher quasiment accroupis, Umar nous fit nous arrêter.
- Je crois que c'est ici, dit-il simplement.
Il posa sur le mur la main où il portait le sceau des Lernaïm, et murmura une incantation aux accents rocailleux. Aussitôt, dans un silence qui témoignait de la perfection du mécanisme, une partie de la paroi de la grotte s'ouvrit sur un passage rempli de ténèbres, libérant une bouffée d'odeur renfermée et moisie.
- Mes compagnons, annonça-t-il, voici l'entrée d'un passage qui n'est normalement utilisé que par la famille royale. Nous ferons une exception aujourd'hui, car la hâte l'emporte sur la tradition. Suivez-moi, et marchez exactement où je marche.
Nous lui emboîtâmes le pas, et la porte se referma derrière nous avec un imperceptible déclic. Je frissonnai, sans savoir pourquoi. Maborg n'était plus qu'à quelques heures de marche.
J'ai bien hate de voir comment ca va finir tout ça!
Umar, si il devient Roi, poura très bien récompenser les héros , de plus, si les traites peuvent être capturés vivants, ils pouraient être source d'information précieuse!
Je ne m'étais jamais rendu compte auparavant à quel point c'est difficile de décrire un monde souterrain aux joueurs, n'étant pas spéléo moi-même. D'une certaine façon, j'ai essayé de donner une personnalité aux lieux visités pour justement palier à l'imagination qui a du mal à visualiser. L'idée du Champ des Mille Larmes venait de là.
Bon, on attend Eric qui a beaucoup de boulot pour l'update final de la seconde saison.
Une fois que ce sera fait, c'est moi qui m'y colle puisque je joue depuis deux séances et que je me suis porté volontaire pour les compte-rendus. Le fou !
La bière et le vin coulent à flots, malgré les froncements de sourcils d’Yjir. Mais après tout, il s’agit du banquet du couronnement, difficile de l’imaginer sans boissons dignes de ce nom.
- Eau de feu être corruption de l’esprit, dit le druide d’un air dédaigneux alors qu’un nain ivre vient de s’écrouler à ses pieds.
- Quel renfrogné tu fais, lui répond Eramsus. Tu n’es même pas capable de te décoincer pour le couronnement d’Umar ? Enfin, du Roi Dragoun, devrais-je dire.
- Yjir, si je puis me permettre, interrompt Lothar, assis à la même table que nos héros, les spiritueux sont appréciables et même bons pour le corps s’il sont bus avec modération… Et puis, ajoute-t’il avec un petit sourire amusé, le vin n’est il pas aussi le produit de la nature ?
- Vin être produit des hommes, pas naturel, rétorque le druide d’un air buté.
- Mais à ce compte, le pain aussi, est un produit de l’homme, et pourtant je ne pense pas que tu l’appellerais corruption du corps ou de l’esprit…
- Ca pas pareil ! s’obstine Yjir.
- Et, les gars, au lieu de parler philo, intervient Erasmus, vous avez vu que Cendres est en grande discussion avec Umar ? Je me demande bien de quoi ils peuvent parler…
Tous les regards se tournent vers l’elfe qui converse avce le Roi de Maborg malgré une visible réprobation de son chambellan, qui aimerait bien faire respecter le protocole.
- Cendres être préoccupée depuis quelques temps, dit enfin Yjir. Moi pas savoir quoi être la raison, mais elle très pensive depuis Halos…
A ce moment là, comme pour répondre aux interrogations du druide, Cendres prend congé d’Umar et cherche du regard ses compagnons. Yjir lui fait signe, et elle s’approche d’eux.
- Mes amis, dit-elle d’un air sérieux, je suis venu vous annoncer que j’allais vous quitter, au moins pour un temps.
Tous la regardent d’un air interloqué, à l’exception de Lothar qui ne connaît pas suffisamment bien nos amis pour trouver la décision de Cendres surprenante. Avant qu’ils ne puissent réagir, toutefois, Cendres reprend la parole :
- Je suis très intriguée au sujet de mon peuple. La découverte de l’existence des elfes noirs a été un choc pour moi, comme d’ailleurs mes discussions avec Elaïn le Navigateur. Il me semble maintenant que, bien qu’étant elfe, je ne sais plus vraiment qui est mon peuple. Avec l’accord du Roi, j’ai décidé de rester à Maborg pour en apprendre plus sur les elfes noirs. Je vais pouvoir compulser les archives royales et peut-être même participer à quelques expéditions d’espionnage pour tenter d’en apprendre plus sur leurs origines et leurs machinations. Une quête de mes racines en quelque sorte…
Un fois la surprise passée, Erasmus a l’air de plutôt bien accepter la nouvelle :
- C’est vrai que c’est important. C’est une bonne décision.
Yjir, par contre, est visiblement affecté :
- Bien sûr, racines être importantes et comprendre racines être quête de grande valeur mais… toi pas croire que nous avoir destinée liée à Duc Aveugle et Baronnies Naïmides ?
- Comme tu l’as souvent dit, si tel est le cas, je ne doute pas qu’elle nous rattrapera. Mais je te rappelle aussi que, si vous m’avez raconté la prophétie du shaman nain, je n’étais pas là lorsqu’elle a été proférée, et je ne suis peut-être pas concernée…
- Cendres, si je puis me permettre, intervient Lothar, je ne te connais pas bien, mais ne penses tu pas que ta quête pourrait mettre ton âme en péril ? Ne dit-on pas qu’à étudier le mal de trop près on risque d’en être perverti ?
- Je serais prudente, Lothar. Dans tous les cas, ma décision est prise. Mais vous, qu’allez vous faire, demande-t’elle en se tournant vers ses anciens compagnons.
- On envisageait d’aller rendre visite au Chevalier Garwin, répond Sküm. Au passage, je dois me rendre chez le baron de Llambeth pour ma cérémonie d’adoubement.
- Mes amis, reprend Lothar, pensez-vous que je puisse me joindre à vous dans vos pérégrinations ? Je n’ai que peu d’attaches, et je serais heureux d’être à vos côté lors de vos voyages pour en partager les dangers et les découvertes…
- Eh bien, pourquoi pas, répond Sküm en regardant Yjir et Erasmus. Le gnome semble assez indifférent. Yjir, quand à lui, a soudain l’air très déprimé…
Quelques jours plus tard, après une longue marche à l’intérieur des tunnels des nains, Erasmus, Yjir, Sküm et Lothar escortés du Roi Dragoun (qui profite du voyage pour rendre visite à ses homologues des sept autres royaumes) et de sa suite parviennent enfin à la Grande Porte de Dwargon.
- Mes amis, déclame le roi en guise d’adieux, je ne pourrais jamais vous remercier assez pour ce que vous avez fait pour moi. Néanmoins, en guise de reconnaissance, j’ai un dernier présent pour vous qui, je l’espère, vous rappellera longtemps l’hospitalité naine.
Il fait un signe, et un de sas aides de camps s’approche, tenant par la bride trois superbes chevaux de guerre et un poney. Les bêtes sont en pleine santé et visiblement très bien dressées.
- Ces montures proviennent des haras de mon bon ami le Baron de Llambeth, et j’ose espérer qu’elles vous rendront fier service. J’espère aussi que leurs pas vous ramèneront bientôt à Maborg, où nous serons ravis de vous accueillir de nouveau.
Une fois les adieux consommés, Cendres, qui était aussi de la partie, s’approche de nos amis qui sont en train d’examiner leurs chevaux.
- C’est ici que nos voies se séparent. Portez-vous bien…. Erasmus, fait bon usage de tes pouvoirs…
- Ouais, ouais, ouais, répond le gnome, agacé.
- Toi sûre pas vouloir changer d’avis, demande Yjir, visiblement affecté.
- Non. Nous nous retrouverons bientôt, j’en suis convaincue…
Sur ces dernières paroles, nos amis, tenant les chevaux en bride, franchissent l’immense portail en pierre de Dwargon et retrouvent enfin l’air libre. Malgré sa déprime évidente, Yjir ressent un soulagement manifeste, comme une oppression qui quitterait soudainement sa poitrine. Derrière eux, le bruit sourd du portail qui se referme se répercute dans la vallée.
- Bon, comment on se répartit les chevaux, demande Sküm ? Je pense que le poney était prévu pour Erasmus…
- Quelle perspicacité, ironise le gnome.
- …mais quant à nous autres, il nous faut choisir nos montures.
Après un rapide examen, Yjir montre sa préférence pour une jument crème tachée de marron, Sküm préfère une jument au pelage gris sombre et Lothar accepte avec joie l’étalon blanc. Tout le monde monte en selle, et Œil-de-Nuit s’élance au loin, trop content de retrouver l’air pur de la montagne et la liberté.
La journée est grise et humide, et l’on sent que la pluie n’est pas trop loin, mais il faut attendre la fin de la journée pour que les premières gouttes ne tombent. Nos amis chevauchent sur la route de montagne qui mène à Dwargon, large et bien entretenue comme il se doit considérant qu’elle constitue le principal vecteur de commerce des marchandises naines. Mais elle est déserte, en ce triste jour d’hiver, et le soir venu, nos amis décident d’établir le camp sous une pluie devenue régulière et froide.
Yjir trouve une petite clairière non loin de la route qui paraît aménageable pour la nuit. Alors que Lothar ramasse des branchages pour tenter tant bien que mal d’allumer un feu, Yjir et Sküm tendent les couvertures et les fourrures disponibles dans leur paquetage pour constituer un abri sommaire. Heureusement, nos amis ont découvert à la mi-journée que les fontes des chevaux avaient été garnies de provisions, et il semble bien que le repas du soir doive être du pain accompagné de saucisson grillé. Erasmus s’est placé sous un arbre au feuillage touffu, mais force lui est de constater qu’il ne peut sortir ses livres pour étudier sans risquer de les endommager sous la pluie.
C’est à ce moment là que Korg, trempé mais guilleret, surgit de la forêt :
- Joli campement. Une cabane en rondins et du feu, ça vous dirait pas plutôt ?
- On est pas d’humeur à subir ton humour ridicule, sale volatile, rétorque Erasmus d’un ton froid.
- T’énerves pas patron, je vous signalais juste qu’à une demi-lieue au nord il y a un refuge en rondins. Je ne vous oblige pas à y aller, si vous préférez rester mouillés, libre à vous…
- Korg, toi vraiment avoir vu refuge, demande Yjir.
- Il faut que je vous le dise en quelle langue ? Vous voulez que je vous montre ?
- Oui, allons-y avant d’attraper quelque pneumonie…, tranche Lothar
Nos amis remballent donc rapidement les quelques affaires qui avaient été disposées autour de la clairière et suivent Korg tant bien que mal dans la pénombre. Au bout de quelques minutes à travers bois, nos amis aperçoivent effectivement une grande cabane de bûcheron, entièrement construite en rondins de bois fumés. Trois chevaux sont attachés devant l’entrée, et une rassurante fumée s’échappe de la cheminée. Nos héros attachent leurs chevaux aux côtés de ceux déjà installés et, définitivement trempés, ils grimpent le petit escalier qui mène la porte et y frappent.
De l’intérieur fuse un voix qui dit : « J’arrive ! », et quelques instants plus tard, la porte s’ouvre sur une grande pièce agréablement réchauffée par un grand feu de cheminée. L’homme qui vient d’ouvrir se présente sous le nom de Sylvain et accueille nos héros dans son gîte forestier. Quelques voyageurs sont déjà là, installées non loin du feu. On aperçoit un homme d’âge moyen vêtu de fourrures et accompagné d’un adolescent qui semble être son fils. Plus en retrait, dans un coin de la pièce, se tient un homme dont les oreilles trahissent un peu de sang elfique. Il est emmitouflé dans d’épaisses couvertures et lit un livre. Lorsque nos amis entrent dans la pièce, il se redresse, comme s’il attendait quelqu’un puis, voyant de qui il s’agit, se renfonce dans l’ombre et ne s’intéresse plus à eux.
- Merci de nous accueillir par ce temps, maître Sylvain, entame courtoisement Lothar
- Oh ben c’est rien ! Moi je suis juste en charge du gîte pendant encore quelques temps, et s’il peut servir à quelqu’un c’est tant mieux. Mais juste pour qu’on soit clair, c’est pas une auberge ! Si vous voulez manger, vous vous débrouillez tout seuls !
- On a ce qu’il faut, répond Sküm. Mais alors, si vous ne vivez pas de l’hébergement des voyageurs, qu’est-ce que vous faites ici ?
- Je fais partie de la Compagnie des Rangers de Llambeth. Je suis un trappeur, si vous préférez, je viens ici pour chasser et récupérer des fourrures, que je revends. C’est comme ça que je gagne ma vie. J’en profite pour maintenir les sentiers de forêts et par roulement, les rangers maintiennent les gîtes, qui servent essentiellement aux autres rangers mais hébergent aussi parfois des voyageurs comme vous.
- En tous cas, nous être contents vous être là ! conclut Yjir.
Nos amis s’installent et suspendent leur vêtements non loin de la cheminée pour les faire sécher. Bien vite, ceux-ci commencent à fumer tellement ils sont gorgés d’eau. Après quelques minutes, alors qu’ils sont encore à se frotter les mains devant les flammes, nos héros entendent un bruit de pas descendant du grenier de la cabane par un étroit escalier en bois. Ils se retournent et aperçoivent un homme à la barbe poivre et sel, vêtu d’une robe rouge et s’appuyant sur un bâton ouvragé. Avant même que qui que ce soit aie pu le saluer, Erasmus s’avance et, faisant un signe rapide de la main, lui dit :
- Heureuse rencontre, collègue !
- En effet, je ne pensais pas croiser un membre de la Guilde en ces contrées reculées. Je m’appelle Gorion, et je suis recruteur.
- Tu as l’air préoccupé, Gorion, dit Erasmus après quelques instants de silence. Pouvons-nous t’aider ?
- Tu as raison. Je suis préoccupé. Un recrutement disons… difficile. Je ne crois pas que vous puissiez m’aider mais je vous remercie néanmoins de la proposition.
- Nous n’allons pas te déranger plus longtemps, alors.
Nos amis retournent à la table qu’ils ont investie près du feu.
- Erasmus, peux-tu nous expliquer ce qu’est un recruteur ? demande Lothar au gnome.
- Bien sûr. Vous savez sans doute que tous les praticiens de la magie des arcanes ne sont pas des mages. Certains, que l’on appelle sorciers, puisent dans une énergie plus primale, plus chaotique, pour produire des effets similaires aux nôtres. Malheureusement, les sorciers qui parviennent à maîtriser complètement leur pouvoir n’existent pas. Ils sont donc dangereux, à la fois pour eux-mêmes et pour ceux qui les entourent. La Guilde de Haute-Magie dispose d’un corps de recruteurs qui apprennent à reconnaître les signes de ce pouvoir latent. Lorsqu’un sujet doté de cette étincelle arcanique est identifié, on lui propose de rejoindre la Guilde et d’apprendre à maîtriser son pouvoir.
- Et s’il refuse ?
- Il peut se passer plusieurs choses. D’abord, nous lui proposons de se soumettre à un rituel qui étouffe cette étincelle. C’est une étape pénible, mais qui lui permet d’être sûr que plus jamais son pouvoir ne lui causera de tort. S’il ne souhaite pas non plus se soumettre à ce rituel, eh bien…
- Eh bien quoi ?
- Tant qu’il n’use pas de son pouvoir, il n’y a pas de problème. S’il en use, et particulièrement s’il cause du tort à des gens avec son pouvoir, les triangulateurs le repèrent, et la Garde de Mezrâ est envoyée pour éliminer la menace.
- Tu veux dire, les tuer ? demande Lothar abasourdi.
- Oui, c’est ça. Ca peut paraître dur, mais c’est pour le mieux. Les sorciers sont des gens dangereux…
- Erasmus, moi penser que Targedaël peut-être être sorcier. Lui manifester des pouvoirs étranges et pas savoir les contrôler.
- J’avais le même soupçon, Yjir. C’est en partie pour cela que j’avais du mal à lui accorder ma confiance. Les sorciers sont imprévisibles…
A la mention du nom de l’ancien compagnon, le visage de Sküm s’est refermé. Il regarde les flammes d’un air qui laisse penser que la culpabilité liée à sa responsabilité dans la mort de l’elfe n’a pas été effacée par les heures de méditation au monastère de Taërion.
Voyant que, pour une raison qu’il ne comprend pas, le sujet a fâché le demi-orc, Lothar fait diversion en proposant à celui-ci d’aller couper du bois pour aider Sylvain. Ils se font indiquer la remise à l’arrière de la cabane et se relaient pour couper à la hache une réserve de bûches pour une nuit qui va sans doute s’avérer froide et humide…
Pendant ce temps, la porte de la cabane s’est ouverte de nouveau. Une jeune femme est entrée, tenant par la main un enfant de huit ou neuf ans tout au plus. Il boîte légèrement et a des marques sur le visage. A leur arrivée, Gorion s’approche immédiatement d’eux et les entraîne dans un coin de la pièce. Une fois encore, le demi-elfe taciturne a relevé la tête, mais a aussitôt replongé son attention dans l’ouvrage qu’il lit après avoir constaté qui étaient les nouveaux arrivants.
La femme a l’air angoissée et son fils se tient près d’elle comme si lui aussi craignait quelque chose. Ils jettent tous deux des regards fréquents vers la porte. Gorion leur parle à voix basse et, de temps à autres, la femme répond quelque chose ou fait un signe de dénégation de la tête. Les quelques minutes que dure cet échange sont rythmées par les coups de haches prodigués par Lothar et Sküm sur d’innocentes bûches. Une fois cette tâche effectuée, les deux costauds reviennent dans la pièce principale, les bras chargés de bûchettes prêtes à l’emploi. Ils remarquent les nouveaux arrivants, et dès qu’il a posé son fardeau, Lothar se dirige immédiatement vers la femme et l’enfant :
- Cet enfant est blessé. Je suis au service de Zendâ la protectrice. Voulez-vous bien me laisser le guérir ?
L’enfant recule, effrayé, et la femme n’ose proférer le moindre mot, mais fait non de la tête.
- Lothar, ton aide est la bienvenue, mais je crois qu’ils sont encore trop angoissés pour pouvoir accepter, intervient Gorion.
- Si ce n’est pas trop indiscret, que craignent-ils ? demande le prêtre.
Gorion fait signe à Lothar de s’éloigner un peu et, chuchotant, lui explique la situation.
- Ilymael est doté du Pouvoir. Il se manifeste de manière erratique et cela lui vaut brimades et violences dans son village. En particulier de la part de son père qui vit mal ce qu’il considère comme l’anormalité de son fils. Sa mère souhaiterait qu’il rejoigne la Guilde de Haute Magie, mais elle veut l’accompagner, ce qui est impossible, évidemment.
- Vous allez les obliger à être séparés ? répond Lothar, choqué.
- Je ne les force pas à me suivre, je n’en ai pas le droit. Ils doivent décider de leur plein gré…
Lothar est fortement affecté par la terrible situation à laquelle sont confrontés cette femme et son enfant, mais il est évident qu’il ne peut pas les aider contre leur gré. Il retourne donc s’asseoir avec ses amis, mais sa bonne humeur a disparu. C’est alors que, pour la seconde fois depuis leur arrivée, la porte d’entrée s’ouvre, à la volée cette fois, et une bourrasque d’air froid et de pluie fait virevolter les flammes dans la cheminée.
- Femme, rentre immédiatement à la maison ! grogne l’homme courtaud campé sur le seuil de la porte en regardant la mère de l’enfant. L’homme est mouillé et visiblement en colère, et porte un gourdin dans la main. Derrière lui, on aperçoit deux autres paysans brandissant l’un une fourche et l’autre une torche…
Avant même que la femme terrifiée aie pu répondre à son violent mari, Lothar s’est levé. « Zendâ, murmure-t’il, aide-moi à faire en sorte que nulle violence n’advienne ici ». Puis il s’avance, les mains ouvertes, et commence à parler d’une voix douce :
- Enfin, messire, cette agressivité n’est pas nécessaire ! Songez que la déesse Zendâ vous regarde et vous voit, et qu’elle n’approuve pas la violence, surtout lorsque les plus forts la font subir aux plus faibles !
Le paysan est abasourdi et quelque peu intimidé par la prestance du prêtre. Il tente de cacher son gourdin derrière son dos et s’adresse à Lothar avec révérence :
- Monseigneur, balbutie-t’il… J’voulais pas la frapper, chuis pas comme ça… Mais c’est ma femme, et elle s’enfuit avec mon fils…
Il se tourne vers sa femme et laisse transpirer sa vraie nature :
- Toi, tu vas voir quand on sera rentré à la ferme, c’que tu vas prendre !
Lothar lui jette un regard réprobateur et reprend la parole, tentant de trouver une solution à la situation.
- Messire, je crois comprendre que votre fils ne vous apporte pas toute satisfaction…
- Ca, pour sûr il est bizarre, mais c’est mon fils, et… je l’aime, ajoute-t’il d’un air pas franchement convaincu…
- C’est pour cela que vous le battez ? rétorque Lothar d’une voix sévère.
- Ben, quand il fait n’importe quoi, faut bien le corriger. Une bonne rouste ça vous forme un homme ! Ca chassera ses mauvaises humeurs et il arrêtera ses bizarreries !
- Et que se passera-t’il le jour où, poussé à bout par votre violence et celle des autres habitants du village, il perdra le contrôle de ses pouvoirs et tuera quelqu’un, ou réduira votre village en cendres ?
L’homme regarde soudain Lothar avec une lueur inquiète dans les yeux, puis il regarde son fils, et un rictus de colère se dessine sur son visage… Lothar ne lui laisse pas le temps de reprendre la parole, toutefois :
- Vous comprenez bien que votre fils ne peut pas rentrer avec vous. Il vaut mieux que la Guilde de Haute-Magie le prenne sous son aile, c’est la meilleure solution.
- Et qui va m’aider à la ferme, moi ? C’est pour ça qu’on fait des gamins, non mais… Sauf vot’ respect, Monseigneur, on voit bien que vous travaillez pas aux champs…
- Ca m’est arrivé, même si mon apparence peut te donner l’impression du contraire. Je vais faire quelque chose qui me répugne, mais le bonheur de cet enfant m’est plus important que ton intégrité morale. A combien évalues-tu la valeur de ton enfant ?
Cette fois ci, l’homme l'observe avec un regard qui traduit sa cupidité. Il prend quelques instants pour réfléchir et répond :
- A ça pour sûr c’est un bon garçon, costaud et tout ce qu’il faut. Et puis je l’aime, ça aussi ça vaut cher, vous comprenez !
C’est au tour de Lothar de regarder l’homme avec dégoût.
- Dis ton prix, vilain bonhomme ! interjecte-t’il !
- Un baron d’or ! répond le paysan sans trop y croire.
- Je ne marchande pas la vie d’un homme. Voici ta pièce, et déguerpis, maintenant.
L’homme attrape sa femme par le bras avant même qu’elle aie pu dire au revoir à son fils et l’entraîne avec lui :
- Viens, femme, on rentre ! Faut me faire d’autres morpions vite fait, ça rapporte !
L’enfant est livide et abasourdi. Gorion le prend sous son aile, signalant d’un regard à Lothar qu’il va s’en occuper, et que Lothar n’est peut-être pas le mieux placé pour le moment pour lui apporter du réconfort.
Le prêtre de Zendâ se rassoit, le visage tourmenté.
- Toi faire bonne action, Lothar. Pas de regrets à avoir.
- Bonne ? J’ai attaché une valeur pécuniaire à la vie d’un enfant. Ca me répugne… Mais quelle autre solution y avait-il ?
Lothar regarde les flammes d’un air renfrogné pendant que les autres se détendent enfin de la soirée mouvementée. Mais celle-ci n’est pas terminée. Gorion a installé une couche pour le jeune garçon et il est parvenu à endormir celui-ci en le réconfortant sur son avenir et le fait qu’il reverrait sa mère. Il s’approche alors de Lothar et lui dit à voix basse :
- Merci, Frater. Vous avez agi pour le mieux. L’ordre n’a pas le droit de payer pour les « recrutements », mais la situation était visiblement bloquée. Je vous rassure, ni la femme, ni l’enfant n’auraient été heureux si les circonstances actuelle s’étaient prolongées…
Lothar n’est pas franchement consolé par ce commentaire, mais il n’a pas le temps de répondre à Gorion, car une nouvelle intrusion a lieu. La porte d’ouvre, et deux Gardes Pourpres de Mezrâ entrent dans la pièce.
- Enfin, s’exclame le demi-elfe, qui avait levé les yeux à leur entrée. Où étiez-vous ? Vous auriez du me rejoindre il y a des heures !
- Contretemps, répond un des Gardes. T’as vu la pluie ? On a perdu un cheval, on a du en racheter un…
A ce moment là, Gorion s’interpose, visiblement offusqué :
- Depuis quand la Garde de Mezrâ ne salue pas les Recruteurs de l’Ordre ? demande-t’il aux deux gardes d’un air outré.
Les deux gardes sont interloqués. Ils le regardent, puis se regardent un court instant.
- Pardon, on vous avait pas vu…
Ils s’inclinent, puis se tournent vers le demi-elfe, qui a rangé ses affaires.
- Prêt ?
- Prêt. Allons-y.
Le demi-elfe a mis sa besace sur son épaule, mais il tient aussi un paquet rectangulaire près du corps, comme s’il était très précieux. Il se dirige vers la porte, suivi des deux gardes.
Lothar, intrigué par la remarque de Gorion, se tourne vers ses amis.
- Erasmus, n’est-ce pas bizarre que ces deux hommes aient omis de saluer Gorion ? Il est très clair qu’ils ne pouvaient pas le rater…
- Tu sais, la Garde Pourpre, ils sont tous un peu prétentieux… dit Erasmus en levant vaguement le nez du petit livre compact offert par Umar en remerciement de ses services.
Lothar se lève quand même et constate qu’Yjir et Sküm, intrigués aussi, sont sur le qui-vive. C’est à peu près à cet instant qu’un cri venant de l’extérieur les fait bondir : « Toi ici ? Salauds, vous ne m’aurez pas ! »
Le temps de quelques hennissements de chevaux et nos amis son dehors, sous la pluie, sauf Erasmus qui ne veut pas laisser son précieux ouvrage sur la table et se prépare donc à le ranger.
A l’extérieur, le demi-elfe a réussi à saisir un cheval et il est en train de s’éloigner au galop, les trois gardes sur ses talons. Il se retourne et pointe le doigt vers un des gardes en marmonnant quelques mots. Un éclair fuse de son doigt et vient frapper un des gardes en pleine poitrine. Il est projeté au sol, les vêtements fumants. Les chevaux des gardes hennissent et se cabrent, mais leurs cavaliers parviennent à les maîtriser, même s’ils perdent un peu de terrain. Dans le mouvement de tête du demi-elfe, Yjir a cru distinguer un tatouage sur son cou, le tatouage d’un rat noir…
Décidé à tirer tout cela au clair, Yjir pointe à son tour le doigt vers le demi-elfe. Une goutte d’eau d’une brillance surnaturelle fuse de son doigt et vient exploser en un cascade aqueuse devant son cheval. Il est à son tour projeté au sol, et le paquet qu’il transportait tombe dans la boue. Pendant ce temps, Lothar s’est penché sur l’homme calciné par l’éclair magique. Il vit encore, et Lothar fait une courte prière, invoquant la bienveillance de sa déesse pour le garder en vie. Sküm, quant à lui, a entamé une course rapide pour rejoindre le lieu où le demi-elfe est tombé.
Tous trois voient de loin ce qui se déroule là-bas, à savoir que les deux Gardes ont mis pied à terre. L’un a encoché une flèche à son arc, l’autre a dégainé une épée. Le demi-elfe se relève, mais avant qu’il ait pu faire quoi que ce soit, il est percé d’une flèche et se prend un coup d’épée en pleine poitrine. Visiblement, l’exécution sommaire est à l’ordre du jour…
- Ils vont l’exécuter ! hurle Lothar. Ce sont des imposteurs !
En sortant du refuge, il n’avait pris que son arc et son carquois, donc au lieu de courir vers les trois protagonistes, il décoche des flèches vers les Gardes qu’il considère maintenant comme faux. Mais sa compétence archère n’est pas exceptionnelle, et le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances. Sküm est encore trop loin pour intervenir. Yjir, comprend que s’ils n’interviennent pas immédiatement le demi-elfe va être mis à mort. Il commence à courir en direction des Gardes, et son corps se transforme alors même qu’il avance. Sa peau s’obscurcit et un pelage noir recouvre son visage. Son torse s’allonge tandis que ses bras et ses jambes raccourcissent. Bientôt, c’est une panthère noire qui court et dépasse bien vite Sküm, étonné. Lothar, quant à lui, comprend que ses flèches ne serviront pas à grand chose et il se met lui aussi à courir vers la mêlée.
Lorsque qu’Yjir parvient à l’endroit ou sa magie aqueuse a fait choir le demi-elfe, la situation s’est encore un peu plus compliquée : l’un des gardes est remonté à cheval et, partant au galop, a attrapé au passage le paquet que le demi-elfe a laissé tomber. L’autre garde s’apprête à mettre fin à la vie du demi-elfe d’une flèche bien placée. Yjir s’interpose entre l’archer et sa cible le temps que Sküm arrive, et il touche le demi-elfe inconscient de la main pour lui insuffler un peu de vie. Sküm arrive et somme l’archer de déposer son arc.
- Si j’étais toi, Garde Pourpre ou pas, je lâcherais mon arme, sans quoi tu vas faire connaissance de quelques onces de bon acier nain…
- Vous vous interposez entre la Justice de la Déesse Mezrâ et son accusé ! C’est un crime grave. Tu ferais mieux de remballer tes arrogantes paroles et de nous laisser faire notre devoir.
- Mezrâ et Zendâ sont sœurs, je suis bien placé pour savoir que les véritables Gardes Pourpres ne se comportent pas ainsi rétorque Lothar qui s’est approché entre temps. Vous n’avez pas salué le Mage Recruteur, vous tentez d’assassiner un homme plutôt que de l’amener à la Justice, c’est assez pour me convaincre de votre imposture.
Le Garde Pourpre hésite quelques instants, c’est assez pour convaincre Lothar qu’il a raison. Pendant ce temps, le demi-elfe a repris conscience mais il est visiblement très faible. Yjir, lui, a profité du répit de ce court échange pour s’intéresser au cavalier qui s’enfuit, vers lequel il pointe un doigt, invoquant de nouveau une de ses prodigieuses gouttes d’eau. Comme la fois précédente, la force même de l’explosion projette homme et cheval à terre, et le paquet vole dans les frondaisons.
La pluie handicape la visibilité de tous mais Sküm a cru apercevoir le point de chute du paquet qui constitue visiblement le nœud de l’affaire. Il se précipite donc vers les sous-bois. Profitant de la soudaine ouverture, l’archer encoche une flèche et la décharge à bout portant sur sa victime.
- Crève, charogne !
La flèche touche sa cible, mais elle n’a pas suffisamment d’impact pour tuer le demi-elfe net. Par contre, quelques secondes après qu’il ait été touché, ses yeux se révulsent et son corps est secoué de spasmes…
- Il l’a empoisonné, hurle Lothar, espérant contre tout espoir que l’un de ses amis puisse faire quelque chose pour sauver le demi-elfe.
En attendant, il est maintenant tout à fait convaincu de l’imposture du Garde, et il décoche donc deux flèches sur lui à bout portant. Celui-ci encaisse le coup puis se retourne pour s’enfuir à travers bois. Yjir s’interpose et, d’un puissant coup de bâton, il tente de désarmer l’homme. Malheureusement, il vise mal et, emporté par la force de son coup, se retrouve en mauvaise posture. Le garde retourne son épée et, d’un coup de poignet bien ajusté, il fait voler en l’air le bâton du druide.
L’homme profite de ce répit inespéré pour se retourner et courir vers les sous-bois. Malheureusement pour lui, Sküm, qui revient bredouille de sa recherche du paquet tombé dans les sous-bois, se trouve sur son chemin. L’homme a dégainé une épée, mais il s’arrête devant l’imposante silhouette du demi-orc.
- Je t’avais dit que t’allais goûter à de l’acier nain… Allez, rends-toi, ou tu vas le regretter !
L’homme fait mine d’abaisser son épée, mais au dernier moment il plonge en avant, essayant de frapper Sküm à la gorge. Le demi-orc dévie la lame de sa hache et, d’un coup magistral, il ouvre les entrailles du Garde, qui n’a qu’un instant pour s’étonner de son sort avant de tomber en avant dans la boue.
Pendant ce temps, Yjir, s’est approché du fuyard inconscient, et il lui a attaché les mains.
- Force de globe d’eau être puissante, mais pas durable. Lui revenir à lui, et nous pouvoir l’interroger.
- On pourrait pas faire ça à l’intérieur, au sec, demande Sküm.
- Non, Sküm, répond Lothar. Gorion est sans doute encore persuadé que ce sont des véritables Gardes Pourpres. Il ne comprendrait pas…
- Toi être sûr que eux être imposteurs ? Moi avoir déjà rencontré Gardes Pourpres, et eux ressembler à ça…
- Je ne suis pas… certain, dit Lothar, hésitant. Mais enfin, tu as vu comment ils se sont comportés… Pourquoi la garde de Mezrâ utiliserait des poisons ?
- Moi pas savoir. Mais demi-elfe avoir tatouage Grise Guilde, et eux pas être enfants de cœur non plus…
- Peut-être que l’examen de ceci nous éclairera, dit Sküm, brandissant le paquet qui était en fait tombé non loin du Garde inconscient. A mon avis, c’est un bouquin, vu la forme et le poids…
- Et ça présenter forte émanation magique… rajoute Yjir après quelques instants de méditation.
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Last edited by Sammael99; 3rd December 2002 at 10:18 AM..
Nos héros transportent les corps plus près du refuge, sans trop s’en approcher, et le Garde inconscient est adossé à un arbre en attendant qu’il ne reprenne ses esprits. Le corps du demi-elfe est fouillé, et une missive y est retrouvée. Elle est scellée du sceau de Mezrâ, une Lune Pourpre :
« Ta couverture est dévoilée. Fuis au plus vite avec l’objet. Nous te retrouverons à l’endroit convenu. »
- Hé, les gars, qu’esse qui se passe ? fuse soudain une voix dans l’obscurité.
C’est Erasmus qui a enfin rangé ses affaires et qui en a profité pour protéger ses vêtements de la pluie.
- Oh là ! Ca a cartonné ! ‘tain ! Vous avez attaché un Garde Pourpre, mais on va se faire allumer !!!
- Lothar lui penser que eux être imposteurs. Eux avoir tué demi-elfe avec flèche empoisonné, lui dire que ça pas pouvoir être méthode de Mezrâ.
- A mon avis, ils sont capables de tout, c’est pas des rigolos quand on est pas d’accord avec eux. Cela dit, c’est vrai que ça paraît un peu bizarre. Et pourquoi ils l’ont buté, le demi-elfe ?
Lothar et Yjir échangent un regard hésitant, sachant le risque de montrer à Erasmus un ouvrage de magie, peut-être. Mais l’initiative ne leur est pas laissée, puisque Sküm, le plus innocemment du monde, tend le paquet au Gnome :
- Ils voulaient récupérer ce bouquin. Et on a trouvé une lettre. Je l’ai pas lue parce que c’est pas facile, mais Lothar dit que ça disait au demi-elfe qu’il était découvert et qu’il fallait qu’il s’enfuie…
- Hum, fait Erasmus en attrapant le livre. Sküm, tu peux me protéger de la pluie deux minutes que je regarde ça ?
- Erasmus, dit Lothar, quoiqu’il y ait à l’intérieur de ce paquet, je t’enjoins à la prudence. Yjir a déjà déterminé que c’était de nature magique…
- Vous me prenez pour qui ? Je suis pas un débutant, non plus…
Erasmus sort précautionneusement le livre du paquet de cuir dans lequel il était conservé. Le livre lui-même est enveloppé dans une boîte en bois laqué peinte de caractères ésotériques. La boîte a du être autrefois scellée par le sceau de Mezrâ, mais celui-ci est maintenant brisé. Erasmus semble hésiter un instant à sortir le livre de la boîte, puis il se retient finalement.
- Le mystère s’épaissit… Ces boîtes sont utilisées par le Temple de Mezrâ pour y conserver généralement les ouvrages interdits car jugés dangereux. Ces boîtes contiennent normalement toute magie à l’intérieur, mais le sceau ayant été brisé… Enfin, j’examinerais ça plus tard.
Le gnome s’apprête à mettre le livre dans sa besace, mais Lothar l’interrompt :
- Laisse, Erasmus, ta besace est déjà très encombrée avec tous ces ouvrages. Je vais me charger de porter le livre.
- Non, ça ira, je t’assure, répond le gnome, mais il est évident que sa besace ne ferme plus…
De mauvaise grâce, Erasmus tend l’ouvrage à Lothar, qui le met au fond de son sac de voyage. Contre l’arbre, le Garde Pourpe gémit et reprend connaissance.
- Bon, nous allons pouvoir t’interroger, maintenant, dit Lothar. Dis nous pourquoi vous êtes déguisés en Gardes Pourpres et pourquoi vous avez assassiné le mage demi-elfe.
- Nous ne sommes pas déguisés en Gardes Pourpres, nous sommes des Gardes Pourpres. Et croyez-moi, le Temple de Mezrâ ne sera pas du tout content de découvrir ce que vous avez fait…
- Je suis un adepte de Zendâ. Je pense ne pas me tromper en disant que votre comportement est à des lieues de celui des Gardes Pourpres.
- En temps normal, tu as raison. Mais cette mission est très particulière. Le demi-elfe a volé au Temple un ouvrage interdit et dangereux, et il était possible qu’il s’en soit servi lui-même. Nos ordres étaient de ne prendre aucun risque et de le tuer s’il faisait la moindre résistance.
Yjir et Lothar se regardent, se demandant un instant s’ils n’ont pas commis une terrible erreur qui va les plonger dans des problèmes épouvantables…
- Nous avons trouvé une lettre sur le corps du demi-elfe, reprend Lothar, précisant qu’il est mandaté par le Temple de Mezrâ, justement, pour retrouver un objet, que je soupçonne être ce livre… Comment expliques-tu ça ?
- Je ne l’explique pas. Moi j’ai des ordres clairs de mes supérieurs au Temple de Mezrâ à Halos. Nous poursuivons ce demi-elfe depuis des semaines.
Lothar a une mine de plus en plus sombre, et commence à se demander si son approche humaniste ne l’a pas aveuglé face à la cruauté des représentants d’un culte frère au sien, mais dont les objectifs sont somme tout très différents… Et si les deux groupes adversaires faisaient partie du Temple légitimement et que c’était une querelle intestine qui les avait lancé les unes contre les autres ? Alors que le prête contemple les ramifications possibles d’un tel imbriglio, Yjir, semble avoir une idée et reprend la parole :
- Quoi être nom de Gardien des Arcanes de Temple de Halos, demande-t’il au Garde.
Celui-ci hésite une demi-seconde, un peu surpris peut-être par la question, et répond :
- Arcanus !
Yjir se tourne lentement vers Lothar et dit :
- Lothar, ton instinct pas avoir trompé toi. Lui être imposteur. Erasmus et moi connaître Gardien des Arcanes des Halos et lui pas s’appeler comme ça…
- Mais alors pour qui peut bien travailler cet homme, demande Lothar à voix basse à Yjir… Je ne peux tout de même pas le torturer pour le faire parler, même si c’est un assassin…
- Toi, non, mais moi ça me dérange pas de lui faire un peu mal, si c’est le seul moyen de le faire parler, intervient Sküm…
- Non, je ne le souhaite pas. Faisons-lui peur, plutôt.
Puis, se tournant vers le Garde il dit d’une voix ferme :
- Pour qui travailles-tu ?
- Va te faire voir, répond celui-ci en crachant vers Lothar.
- Tu sais, on a tout notre temps… Tu es assis là, dans le froid et sous la pluie, et il ne tient qu’à toi d’éviter de passer une nuit très désagréable en compagnie d’un loup sauvage qui n’a pas mangé depuis quelques jours…
Yjir siffle et Œil de Nuit s’approche en quelques bonds, avant de s’arrêter net devant le faux Garde et de grogner… Une lueur de terreur s’allume dans les yeux de l’homme, mais cela ne dure pas. Il regarde Lothar dans les yeux et, un petit sourire au lèvres, le nargue :
- Tu es prêtre de Zendâ, tu ne ferais jamais ça…
- Ne me tentes pas… Après tout, je pourrais toujours dire que c’est un loup qui t’a mangé, je n’y suis pour rien...
Mais Lothar n’est pas convaincant dans le rôle du cruel méchant, et l’homme sent bien qu’il ne risque rien. Nos amis s’éloignent, le laissant sous la surveillance d’Oeil de Nuit.
- Je ne comprends pas à quel faction ce type appartient, dit Sküm d’un air perplexe...
- J’ai peut-être un moyen de le faire parler... dit Erasmus en se frottant les mains.
- Non violent ? s’enquiert Lothar.
- Tout ce qu’il y a de plus pacifique !
- Allons pour ça alors, dit Lothar, mais avant, Yjir, je voudrais te poser une question. Tu m’as dit tout à l’heure que le demi-elfe était membre de la Grise Guilde parce qu’il avait un tatouage. Vous avez déjà rencontré des membres de cette guilde ?
- Ca être vrai. Nous avoir combattu contrebandiers Grise Guilde et avoir même affronté plusieurs fois assassin Grise Guilde.
- Salope ! rajoute Sküm, le visage crispé et le poing serré...
- Donc, reprend Lothar, si cet homme est membre de la Grise Guilde, il aurait un tatouage quelque part ?
- Je suppose, dit Erasmus. Ca c’est facile à vérifier !
Nos amis retournent vers l’arbre au pied duquel ils ont laissé l’imposteur, et Lothar commence sans ménagement à le dévêtir. Il n’a pas longtemps à chercher : sur l’épaule gauche, l’homme a un proéminent tatouage d’un rat noir. Lothar reprend son interrogatoire :
- Donc tu es membre de la Grise Guilde et tu as pris l’apparence d’un Garde Pourpre. Et c’est toi qui nous disait que nous allions avoir des ennuis avec le culte de Mezrâ ? Je ne préfère pas imaginer ce qu’ils feront de toi lorsque nous te livrerons à eux. Si tu nous dit pourquoi tu as tué ce type, on sera peut-être plus clément...
- Pfff... Vous savez pas à quoi vous avez à faire. Moi, si j’étais vous, je me donnerais le paquet et je partirais au plus vite ! Parce que lorsque mes supérieurs vont apprendre ce que vous avez fait, je ne donne pas cher de votre peau...
Lothar crispe le poing, retenant la claque magistrale qu’il s’apprêtait à donner au brigand. Il se tourne vers Erasmus :
- C’est quoi ton plan ?
- Laissez moi faire, dit-il avant de marmonner quelques mots dans le langage étrange des mages en faisant des gestes discrets.
- Eh, Erasmus, dit le brigand, tu veux pas dire à tes potes de me libérer ? Ca caille et je vais choper la crève. En plus, les cordes me font mal aux poignets...
Sküm et Lothar regardent le brigand avec étonnement, mais Erasmus leur lance un regard qui leur fait comprendre que tout cela fait partie du « plan ».
- Tu comprendras bien que je doive d’abord leur prouver que tu n’es pas mauvais bougre ; j’ai bien peur qu’il faille que tu gardes encore un peu tes liens... Rappelle moi ton nom, déjà ?
- Ah la la, ayez des amis... C’est Narvis. Mais je t’en veux pas. C’est vrai qu’on s’est pas vu depuis si longtemps... C’était quand déjà ?
- Oui oui, il y a bien longtemps. Tu habites où, ces jours-ci ?
- Toujours à Namarië.
- Et qu’est-ce que tu faisais là ce soir ?
- Euh... Je préfèrerais pas en parler devant tes potes là. Je pense pas qu’ils soient très bien disposés à mon égard.
- Tu as raison, je vais leur demander de s’éloigner.
Il se retourne.
- Yjir, Sküm, Lothar, ça ne vous dérange pas de partir un peu plus loin, demande le gnome à haute voix, nous souhaiterions parler « entre amis »...
Une fois les trois autres partis hors de portée d’oreille, Erasmus reprend :
- Donc tu fais quoi ici, loin de Namarië ?
- Une mission pour la Grise Guilde. Tu sais, au village, on est dix membres, infiltrés, sous les ordres de notre caïd...
- Il s’appelle comment le Caïd ?
- C’est Galtar, le bourgmestre. Mais tu gardes ça pour toi hein, sinon moi, couic !
- Ne t’inquiètes pas. Et vous deviez le buter pourquoi, le demi-elfe ?
- Il a volé un truc à la Grise Guilde. On a intercepté trois Gardes Pourpres qui venaient le retrouver. On les a fait parler pour avoir le lieu de rendez-vous et on est venu à leur place.
- Le truc, c’est le bouquin là ?
- Ah c’est un bouquin ? Nous on savait pas, on nous a juste dit une boîte couvertes d’inscriptions illisibles...
- Et vous deviez en faire quoi après ?
- On a une planque à une petite heure d’ici, une caverne. On devait laisser le paquet là-bas et rentrer au village.
- Je vois. Bon, merci pour ces infos, je garde ça pour moi. Je vais demander aux autres si on peut te détacher.
Erasmus retourne donc auprès de ses compagnons et leur relate la conversation. Une discussion s’engage sur la marche à suivre. Dans un premier temps, Lothar suggère de foncer au point de rendez-vous pour éventuellement intercepter le troisième faux garde, celui qui avait été touché par l’éclair du demi-elfe et que Lothar a soigné. Il s’est enfuit, et Lothar suppose qu’il a du se rendre à la caverne.
- Si c’est la cas, il faudrait l’intercepter avant que quiconque ne vienne. Ainsi, il ne pourrait pas relayer l’information et nous gagnerions quelques jours...
Après quelques minutes de discussion, tout le monde accepte ce plan. Après avoir rapidement récupéré leurs affaires à l’intérieur du refuge de Sylvain où tout le monde est maintenant endormi et caché les corps dans les sous-bois, nos amis se mettent en marche, le brigand monté sur un cheval mais les mains toujours attachées dans le dos. Il les guide à travers la forêt vers la cachette dont il a parlé.
Pendant qu’ils avancent, Lothar et Yjir discutent ce qu’ils vont faire du livre.
- Il faudrait l’amener au Temple de Mezrâ à Naïm, dit Lothar.
- Ca loin. Si Grise Guilde trouver trace à nous, voyage peut-être difficile...
- Certes. Mais si nous faisons une halte par Llambeth, le baron nous protègera. Il pourra même peut-être nous aider... D’autant que j’aimerais lui livrer ce malandrin, et je pense que nous devons au plus vite l’informer que le village de Namarië est aux mains de la Grise Guilde !
- Dans ce cas, toi pas penser que nous perdre du temps à aller vers caverne ? Si fuyard pas là-bas, nous avoir perdu quelques heures que pouvoir consacrer à chevaucher vers Llambeth...
- Tu as raison, Yjir, nous sommes en train de perdre du temps. Le plus tôt nous serons à Llambeth, le mieux cela vaudra...
Une fois la décision prise, Lothar informe discrètement Lothar et Sküm. Celui-ci est agacé :
- Vous êtes toujours pareils, vous les intellos... Vous vous triturez la cervelle pendant des plombes, et finalement vous changez d’avis au bout de dix minutes...
Malgré ses bougonnements, il accepte d’assommer le malandrin qui ne soupçonne pas que son sort vient de changer... Un bon coup de poing sur la nuque tandis qu’Erasmus lui attire l’attention et le tour est joué. En un instant, le voilà saucissonné sur le cheval supplémentaire. Nos amis tentent tant bien que mal de récupérer la route principale en coupant à travers la forêt, mais la nuit et la pluie rendent l’orientation difficile, si bien qu’ils finissent par retourner au refuge pour retrouver leur chemin.
Une fois là, ils entament une chevauchée la plus rapide possible malgré l’humidité et la nuit, espérant arriver à Llambeth le lendemain soir. Au milieu de la nuit, les chevaux et les hommes commençant à faiblir, ils décident de monter un camp de fortune et de dormir quelques heures. Tout le monde ayant besoin de repos après cette journée humide et harassante, nos amis décident de faire confiance aux sens d’Oeil de Nuit et de Korg, et tout le monde s’entoure de ses couvertures pour un repos qui sera court.
- Eh, Erasmus, t’entends ça ? demande Korg dans un chuchotement caquetant à l’oreille de son maître.
- Hein ? Qu’est-ce que c’est, fait le gnome, désorienté par ce réveil brutal.
- C’est justement ce que je te demande ! répond le corbeau agacé.
C’est encore le milieu de la nuit. Il fait froid et humide, le vent souffle dans les feuilles. Il n’y a rien d’anormal, et Erasmus s’apprête à tancer vertement son corbeau pour cette mauvaise blague, quand soudain il lui semble percevoir un bruit inhabituel, comme un bourdonnement sourd. Le bruit s’intensifie légèrement, il semble venir du ciel.
- Tu es allé voir ce que c’est, demande Erasmus à Korg.
- C’est à dire que, je suis pas rassuré...
- Tu seras camouflé par les frondaisons. Va voir, vite !
Korg monte, et le bruit semble s’intensifier. Discrètement, Erasmus réveille Sküm mais ils décident d’attendre quelques instants avant d’interrompre le sommeil de leurs deux compagnons. Le bruit s’amplifie toujours, faisant penser à celui de milliers de bourdons en furie. Finalement, une ombre immense se détache au dessus de la forêt, mais il semble bien que sa destination ne soit pas le campement de nos amis puisqu’elle continue son vol en direction du nord, le bourdonnement perdant régulièrement de son intensité. Korg revient sur l’épaule de son maître :
- Ouah, quelle horreur ! On aurait dit un immense bourdon... Au moins gros comme trois chevaux !
- Bon, il a l’air d’être parti. Profitons-en pour finir notre nuit. Réveille nous si ça recommence !
Mais le reste de la nuit se déroule sans encombre, et c’est la rosée glacée de l’aube hivernale qui réveille finalement nos amis. Après de rapides ablutions et quelques minutes de recueillement (pour Lothar et Yjir), nos amis sont repartis au galop cette fois-ci. Malgré les craintes de nos héros, la journée se déroule sans encombre, et c’est au crépuscule qu’ils parviennent aux portes de Llambeth. Comme il est habituel dans cette ville fortifiée, leurs armes leurs sont retirées, mais lorsqu’ils demandent à être menés jusqu’au Baron, le garde en charge rechigne un peu :
- Et qu’est-ce qu’y se passerait si je menais tous ceux qui demandent à voir le Baron à sa porte ?
- Vous semblez oublier qu’il y a parmi nous un Chevalier de la Baronnie, répond Erasmus.
Le garde se tourne vers Lothar, le visage contrit :
- Mille pardons, messire. C’est que vous ne portez pas les Armes de votre fief, c’est la source de ma méprise.
- Il y a une méprise, mais ce n’est pas celle que vous croyez ! Je n’ai qu’une seule maîtresse, la Déesse Zendâ. C’est Sküm, ici présent, qui est Chevalier de Llambeth.
Le garde jauge le demi-orc d’un air méfiant, et celui-ci lui tend la lettre de marque du Baron qui stipule qu’il est Chevalier en attente d’adoubement. Le garde n’est visiblement pas convaincu, et il appelle un de ses collègues. Ce dernier examine le courrier, et, ne souhaitant sans doute pas endosser la responsabilité de déranger le Baron, il part chercher le sergent du poste de garde. Celui-ci revient quelques instants après, et s’incline immédiatement bien bas :
- Bienvenue à Llambeth, messeigneurs. C’est un plaisir de revoir des héros tels que vous parmi nous !
Les deux gardes sont abasourdis, si bien que le sergent doit leur expliquer :
- Ces personnes sont les amis du Baron qui ont permis de sauver de l’esclavage tous des pauvres gens qui sont arrivés il y a quelques semaines ! Messeigneurs, je vais moi-même vous escorter jusqu’au castel du Baron.
- Sergent, serait-il possible de mettre cet homme « au frais », demande Lothar en montrant le brigand saucissonné sur son cheval. C’est un traître qui travaille pour des intérêts étrangers à la Baronnie sur son territoire, et je pense que le Baron souhaitera l’interroger personnellement... Gardez-le précieusement !
Quelques minutes plus tard, nos amis sont donc introduits dans le bureau privé du Baron. Celui-ci est penché sur une immense carte de la baronnie, et le Baron donne congé à un de ses aides de camps au moment où nos amis entrent. Le Baron a l’air fatigué et les rides qui creusent son front laissent entendre qu’il est gravement préoccupé. Mais il n’en laisse tout d’abord rien paraître :
- Mes amis ! Vous voici de retour ! Mon ambassade est revenue pour m’annoncer la nouvelle du couronnement du roi Dragoun, mais je serais heureux de l’entendre relater par vos bouches !
- Ce serait fort volontiers, Baron, mais nous avons malheureusement des nouvelles plus pressantes à vous relater...
- J’espère qu’elles ne sont pas mauvaises, j’en ai déjà bien assez comme cela...
Nos amis se regardent un instant, puis Lothar raconte rapidement au Baron leur rencontre de la veille, la manière dont ils ont récupéré le livre et les informations qu’ils ont pu glaner sur le village de Namarië, semble-t’il repaire de la Grise Guilde.
- Ainsi, Baron, vous allez pouvoir arrêter le caïd et sa bande avant même qu’ils ne sachent que nous avons récupéré le livre, termine Lothar.
- En temps normal, je me poserais peut-être la question, Lothar, mais en ce moment, la dernière chose que j’aie envie de faire, c’est de me mettre la Grise Guilde à dos.
Nos amis sont quelque peu interloqués, si bien que le Baron s’explique :
- Depuis quelques jours, la baronnie est l’objet d’assauts occultes et inexplicables. Toutes mes ressources sont consacrées à répondre à cette menace. Cela ne veut pas dire toutefois que votre information ne me servira à rien, au contraire. Dès ce soir, je vais établir une surveillance à Namarië, et qui sait, cela sera peut-être plus payant à long terme qu’une arrestation massive.
- Baron, quels sont les troubles « occultes » auxquels vous êtes confronté, demande Erasmus assez cavalièrement.
Le Baron soupire, et montre la carte de la baronnie de Llambeth déployée sur son bureau. Trois croix rouges y ont été marquées, l’une au sud, l’une vers l’ouest, dans les montagnes, et l’une au nord-est, non loin de la frontière.
- Ces croix représentent trois villages. Ils ont été dévastés par une force inconnue. Il n’y a aucun survivant, aucun témoin, et la violence des assauts semble avoir été terrible. Nous pensons à un péril occulte parce que nous avons retrouvé, dans un des trois villages, un cercle tracé sur le sol orné d’entrelacs mystiques. Nous avons mandé les services d’un Mage Recruteur de la Guilde de Haute-Magie de passage pour qu’il nous donne son avis sur ces entrelacs, mais il n’en avait jamais vu de pareils.
- C’était Gorion ? Nous l’avons rencontré au refuge non loin de Dwargon... interrompt Erasmus.
- Oui, c’était lui.
- Mais par quoi ces villages ont-il été dévastés ?
- On ne sait pas. On a retrouvé d’innombrables traces de sabot, des corps affreusement mutilés, certains à moitié brûlés, comme par un acide. Des murs étaient effondrés... Bref, les villages ont été rasés. L’un d’entre eux se trouve d’ailleurs dans le fief de votre ami Garwin...
Un silence stupéfait s’installe. C’est finalement Lothar qui le brise :
- Baron, nous devons impérativement nous rendre au Temple de Mezrâ à Naïm pour remettre ce dangereux ouvrage à qui de droit. Je vous promets que nous reviendrons au plus vite pour vous aider à trouver le mystère qui affecte votre baronnie. D’ailleurs, nous parviendrons peut-être à enrôler quelques représentants du Temple de Mezrâ ou de la Guilde de Haute Magie pour nous aider.
- Merci mes amis. Alors c’est à mon tour de faire le maximum pour que vous arriviez rapidement à Naïm. Je vais vous doter de quatre chevaux supplémentaires pour que vous puissiez pousser les vôtres sans les tuer à la tâche.
Sur ces considérations, le Baron encourage tout le monde à profiter d’une bonne nuit de repos, et tout le monde se retire.
Le lendemain matin, après avoir demandé au Baron de pouvoir discrètement quitter Llambeth afin de fausser compagnie à d’éventuels espions de la Grise Guilde, nos amis retrouvent leurs montures à l’extérieur des remparts et reprennent la route au plus vite. Ils chevauchent dur toute la journée, changeant de montures à mi parcours, et trouvent une auberge non loin de la Naïmide pour y passer la nuit.
L’auberge est encore vide lorsqu’ils s’installent. Du coup, ils payent grassement l’aubergiste pour qu’il n’accepte pas d’autre clients qu’eux. Ils se couchent tôt, mais non sans prendre quelques précautions : Lothar et Sküm partagent une chambre, Yjir et Erasmus l’autre. Le prêtre de Zendâ dort avec le livre sur la poitrine, et il a placé son épée le long de la porte pour que celle-ci tombe si quelqu’un tentait de s’y introduire. Sküm, quant à lui, dort avec sa hache le long du corps.
Ces précautions ne sont pas inutiles, mais pas non plus suffisantes. Au milieu de la nuit, un léger bruit réveille Lothar. Il ouvre les yeux, et aperçoit deux silhouettes vêtues de vêtements jaune et orange. Ils sont devant la porte, mais celle-ci n’a pas bougé, et son épée y est toujours appuyée. Lothar crie pour alerter ses compagnons. Sküm se réveille en sursaut, mais les deux hommes pointent leurs doigts, l’un vers le prêtre, l’autre vers le demi-orc. Sküm s’effondre sur sa couche, terrassé de sommeil. Lothar sent ses paupières s’alourdir, mais il résiste de son mieux et parvient à écarter cette torpeur magique.
Pendant ce temps, Yjir et Erasmus sautent de leur lit dans la chambre à côté, et se cognent dans le noir. Lothar invoque la protection de sa déesse, juste avant qu’un des deux hommes ne pointe à nouveau le doigt vers lui en psalmodiant. Lothar sent alors ses muscles commencer se tétaniser, mais luttant de toute sa volonté il parvient à briser cette paralysie magique. Aussitôt il fonce vers son épée, entre les deux mages qui poussent un juron et se regardent l'un l'autre, hésitant sans doute sur la marche à suivre…
Pendant ce temps, Yjir et Erasmus sont arrivés sur le palier, mais ils n’y voient goutte. Yjir retourne donc dans sa chambre pour trouver une chandelle et l’allumer. A l’intérieur de la pièce, les deux mages se sont remis à incanter tous deux, et soudain, sous les yeux ahuris de Lothar, ils se dissolvent en une brume évanescente. Un des nuages se dirige vers la fenêtre et l’autre se glisse sous la porte.
- Ils viennent de se transformer en brume ! crie le prêtre d’une voix un peu hystérique. Il y en a un sur le palier et un à la fenêtre !
- Zendâ ! Eclaire moi de ta divine lumière ! clame-t’il ensuite avant d’ouvrir la porte de la chambre, épée à la main.
Sur la palier, Erasmus aperçoit soudain, à la lumière que projette l’épée de Lothar une forme brumeuse qui se glisse lentement entre les lattes du plancher.
- Toi mon bonhomme, dit-il avant de faire tournoyer ses mains tout en chantant une puissante formule…
Mais sa magie ne semble avoir aucun effet. La forme brumeuse se fond dans le plancher, malgré les coups d’épée répétés de Lothar.
- En bas ! hurle celui-ci. Elle va bien ressortir quelque part !
Il bondit en bas de l’escalier, suivi par Erasmus et Yjir. Sküm est toujours endormi.
Mais arrivé en bas, nulle trace de la brume… Yjir demande à Œil de Nuit de sentir l’ennemi, mais le loup est désorienté, ne comprenant pas bien ce qu’on lui demande… Lothar remonte pour essayer de repérer par la fenêtre la seconde ombre, tandis qu’Erasmus et Yjir se ruent vers la porte de l’auberge. Mais lorsqu’ils ouvrent celle-ci, elle vole en éclat, emportée par des tentacules noirs qui viennent de jaillir du sol bloquant le passage. Avant qu’ils puissent réagir, Erasmus est emporté par trois tentacules visqueux qui commencent à le broyer, l’empêchant par là même d’effectuer la moindre magie…
En haut, Lothar a donné un coup de pied à Sküm pour le réveiller et il est en train d’ouvrir les volets lorsqu’il entent la commotion au rez-de-chaussée. Avant de sauter, il regarde pour tenter, sous la lumière de la lune, d’apercevoir leurs ennemis. Il lui semble bien voir une silhouette camouflée dans les fourrés, à une cinquantaine de mètres de l’auberge. Il saute par la fenêtre, bientôt suivi par Sküm qui a repris ses esprits. Lothar court vers la silhouette tandis que le demi-orc s’apprête à tailler dans les tentacules à grands coups de hache.
En bas, Erasmus est au plus mal. Il ne peut rien faire, et Yjir et Œil de Nuit qui ont tenté de lui venir en aide ont été enserrés eux aussi par les immondes tentacules. Lorsque Sküm arrive, il semble qu’Erasmus est au bord de l’évanouissement, , mais le demi-orc a vite fait de trancher les tentacules qui l’immobilisaient. Erasmus se retrouve donc à l’extérieur pendant que Sküm, ignorant l’ennemi visqueux, s’efforce de libérer le druide et son loup.
Pendant ce temps, Lothar a pu voir que le mage fuyait au loin. Il montre à Erasmus la direction dans laquelle il est parti, et sans hésiter, le mage projette une flammèche dans cette direction, qui va exploser non loin d’une silhouette fuyante. Un cri se fait entendre dans la nuit, et Lothar et Erasmus courent pour si possible maintenir en vie le mage afin de pouvoir l’interroger. Mais la magie d’Erasmus a été trop efficace… Il ne subsiste qu’un corps fumant dont on distingue encore vaguement l’uniforme jaune et orange sur lequel un blason se distingue clairement : une lyre entourée de deux ailes. Une fouille rapide montre que l’homme n’avait rien sur lui.
- Il n’a pas de composants magiques, dit Erasmus d’une voix grave. Ce sont donc des sorciers auxquels nous avons affaire…
Erasmus et Lothar reviennent à l’auberge. Là, Sküm a fini de libérer Œil de Nuit et Yjir, et ce dernier s’efforce de brûler les tentacules à l’aide d’un globe de feu primordial qu’il a invoqué. Finalement, au bout de quelques minutes, l’horreur tentaculaire est éliminée, et tous rentrent dans l’auberge pour souffler un peu.
- C’est bizarre, l’aubergiste ne s’est même pas réveillé, dit Lothar.
- Il n’est peut être plus en état de se réveiller, répond sombrement Erasmus.
Ok, donc on attend la fin de saison 2 avant de recomencer à lire?
En atendant, si vous ne l'avez déjà pas fait, lisez les SH de sepulgrave (heretic of wyre, rape of morne etc). C'est stupéfiant comment c'est excelent.
Originally posted by Ancalagon Ok, donc on attend la fin de saison 2 avant de recomencer à lire?
En atendant, si vous ne l'avez déjà pas fait, lisez les SH de sepulgrave (heretic of wyre, rape of morne etc). C'est stupéfiant comment c'est excelent.
Ancalagon
Eric alias Yjir ne pourra pas faire son update final avant au mieux la nouvelle année... Il est complètement débordé !
A vous de voir si vous voulez attendre. Lire la suite ne gache pas grand chose (à mon avis en tous cas...)
Sinon, concernant The Rape of Morne, je suis bien évidemment d'accord avec toi ! C'est du tout bon !!!